Burkina Faso: Le terrorisme islamiste devient la norme

Plus de 90% des villages du diocèse de Fada N’Gourma ne peuvent plus être desservis

Après l’assassinat de plus de vingt Burkinabés lors d’une attaque à Bourasso, dans le nord-ouest du pays, ACN dénonce la détérioration drastique de la situation dans le diocèse de Fada N’Gourma dans l’est du Burkina Faso au cours des six derniers mois. Cinq paroisses ont été complètement fermées, et en raison du danger d’attaques terroristes, les prêtres ne peuvent plus desservir que 5% des villages des autres paroisses. Le petit séminaire de San Kisito a dû être déplacé à Fada N’Gourma, capitale de la région.

À la demande de la Fondation internationale ACN (Aide à l’Église en Détresse / AED), le diocèse de Fada N’Gourma a envoyé un rapport dont il ressort que les vols, les enlèvements et les meurtres se sont énormément intensifiés dans le diocèse en 2022. Des seize paroisses qui composent le diocèse, cinq paroisses ont été directement visées par les violentes attaques et ont dû fermer complètement pour des raisons de sécurité.

Dans sept autres paroisses, le travail se limite à l’église principale, parce que les routes sont en grande partie bloquées par des terroristes qui contrôlent bon nombre des réseaux de communication terrestres et ont également détruit les réseaux de communication téléphonique – si bien que pour les prêtres, il est devenu impossible de se déplacer ou de communiquer avec le moindre des villages qu’ils avaient l’habitude de desservir. Les quatre paroisses restantes conservent encore une maigre liberté de mouvement.

Jusqu’en septembre, le travail pastoral n’a plus été possible que dans un tiers (29%) du diocèse, c’est-à-dire dans 155 des 532 villes et villages qui le composent. En avril 2022, le nombre de villages pouvant être desservis avait été réduit à 29, soit 5,5 %.

Familles déplacées au Burkina Faso
Abris pour les familles déplacées dans le diocèse de Ouagadougou (Burkina Faso).

Persécution islamiste depuis 2015

La raison en est le terrorisme islamiste qui ravage le pays depuis 2015 et qui se répand de plus en plus. Alors qu’il semblait au départ que les djihadistes ne s’intéressaient pas particulièrement aux chrétiens, cela a changé depuis 2019.

Depuis le début de la crise, les populations ont subi des violences, des meurtres et des abus de toutes sortes. De nombreuses personnes sont enlevées, certaines sont libérées après avoir été interrogées, d’autres détenues et d’autres tuées, indique le rapport. Chaque jour, il y a d’énormes vols de bétail. Tout cela génère de la panique dans la population et provoque la fuite de nombreuses personnes. De nombreuses communautés sont devenues des villes fantômes.

Modus operandi des terroristes

Le rapport cite le témoignage d’un prêtre local qui raconte le modus operandi des terroristes. Le 28 février 2022, la mairie et le commissariat de police ont été incendiés dans la localité de Tambaga (Tombaga), dans l’est du diocèse. Quelques jours plus tard, les terroristes ont encerclé le marché et occupé les rues. Les villageois ont été emmenés à la mosquée et invités à se convertir à l’islam : « Issa (Jésus) était venu, mais sa mission est terminée. Il a promis que quelqu’un d’autre viendrait comme son successeur, et c’est Muhammad. Après cela, ils sont allés brûler le lycée catholique, le lycée de la ville et une école privée », rapporte le prêtre, qui s’est enfui quelques jours plus tard.

Les sermons islamistes sont écoutés dans de nombreux endroits du diocèse, et toute autre pratique religieuse est interdite. Ailleurs, le maintien des offices catholiques a été autorisé, mais les islamistes entrent dans les chapelles pour insister sur le fait que les hommes et les femmes ne s’assoient pas sur le même banc.

Étudiants déplacés au Burkina Faso
Construction d’une école pour les élèves déplacés à Bogande, au Burkina Faso.

Baptême par hélicoptère

Au début de la crise, il semblait que la partie nord du diocèse était sûre. Cependant, les terroristes ont progressé très rapidement dans la région au cours des derniers mois.

Malgré la terrible situation, les chrétiens ne sont pas affaiblis dans leur dynamisme. À Matiakoali, où se trouve un détachement militaire burkinabé, de nombreuses personnes originaires d’autres villages se sont réfugiées. En l’absence de prêtre, les fidèles laïcs ont pris leurs responsabilités. Chaque dimanche, l’église paroissiale est toujours bondée, car les chrétiens qui ont fui leurs villages à cause de l’insécurité ont trouvé refuge à Matiakoali. Les chrétiens des villages voisins, où il est dangereux de se rassembler, essaient de s’y rendre de temps en temps pour se rassembler pour une célébration commune. Pour la célébration de Pâques, le chancelier du diocèse est arrivé en hélicoptère pour baptiser 32 adultes et confirmer 34 personnes.

L’aide d’ACN

En 2021, ACN a subventionné un total de 75 projets dans le pays. Dans le diocèse de Fada N’Gourma, la Fondation a soutenu la construction d’une école et de bourses d’études pour les enfants déplacés, la formation de séminaristes, une aide d’urgence aux agents pastoraux et la construction d’une salle de réunion pour la catéchèse des communautés déplacées.

La Fondation ACN continue de soutenir l’Église locale au moyen de divers projets dans tout le pays. Ces dernières semaines, la Fondation a envoyé des offrandes de messe aux 58 prêtres du diocèse de Fada N’Gourma, dont beaucoup ont perdu leurs paroisses à cause du terrorisme djihadiste. La radio est le seul moyen dont disposent les agents pastoraux pour maintenir un lien fiable avec les fidèles catholiques, et ACN essaye actuellement de toute urgence de les soutenir sur ce point.

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