République démocratique du Congo : une agonie que le monde ignore

La vague de violence qui déchire actuellement la République démocratique du Congo continue de toucher également l’Église. Pourtant, l’espérance de paix reste présente. Les représentants du Grand séminaire récemment attaqué à Malole (Kasai-Central) demandent des prières pour la paix au Congo et la solidarité afin qu’ils reprennent leur travail. La fondation pontificale Aide à l’Église en détresse soutiendra la reconstruction dès que la situation sera stable. Königstein, 11 avril 2017. Mr l’Abbé Richard Kitengie Muembo, recteur du Grand séminaire de théologie Christ Roi de Malole, pillé et partiellement incendié le 18 février par des miliciens luttant contre le gouvernement, a visité le siège international de la fondation pontificale Aide à l’Église en détresse (AED) en Allemagne, accompagné par Mr l’Abbé Apollinaire Cibaka Cikongo, secrétaire exécutif de l’Assemblée Episcopale Provinciale de Kananga (ASSEPKA). Ils ont présenté la situation actuelle de leur séminaire à Kasai-Central et de demander le soutien pour qu’il soit reconstruit et que la formation recommence dès que les conditions de sécurité seront réunies dans cette région du Congo. « Nous ne pensions pas que nous serions cible de ces attaques. C’est arrivé parce que les miliciens du feu chef coutumier Kamwina-Nsapu voulaient installer leur quartier général dans la parcelle du séminaire. Nous ne l’avons pas accepté, nous avons cherché une solution pacifique et le dialogue. Malheureusement, pour mettre fin au conflit, les autorités locales ont opté pour une solution militaire. Le résultat, c’est que les rebelles ont attaqué notre séminaire le samedi 18 février. Comme nous nous étions rendus compte que la situation commençait à devenir dangereuse, grâce à Dieu, nous avions déjà fait partir les séminaristes », raconte Mr l’Abbé Richard Kitengie Muembo. « Les 77 séminaristes âgés de 21 à 27 ans, originaires de sept diocèses de la Province Ecclésiastique, ont vécu des situations terribles. Ils ont été obligés de fuir avec ce qu’ils avaient sur eux, pensant que la situation allaient vite se normaliser. Ils ont été accueillis par des familles et ils ont attendre jusqu’à semaines avant d’être évacués. Pour certains d’entre eux, ainsi qu’on le sait par les médias, cela n’a été possible que grâce à la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) », a souligné Mr l’Abbé Apollinaire Cibaka Cikongo, qui est aussi membre du corps professoral du Grand séminaire de Christ-Roi. Le séminaire même a été pillé, vandalisé et partiellement incendié. Les Sœurs Carmélites, dont le monastère est situé à quelques 400 mètres du Grand séminaire, ont aussi été obligées de fuir. En juillet 2016, le chef coutumier Jean-Pierre Kamwina Nsapu Pandi s’était révolté contre le gouvernement central, appelant à la rébellion et attaquant la police locale, à laquelle il reprochait des abus de pouvoir, ainsi que des communautés rivales. Kamwina Nsapu fut tué le 12 août par les forces de sécurité. Ses partisans ont alors amplifié leurs attaques contre le gouvernement. Ainsi, ce qui, à l’origine, était un petit mouvement d’opposition contre le gouvernement, s’est mué en une guerre ouverte. Selon les derniers rapports de la MONUSCO, ce combat a coûté la vie à plus de 400 civils ainsi qu’à un grand nombre de membres des forces de sécurité. Le 31 mars dernier, un groupe de ces miliciens a attaqué la ville de Lwebo, située à 200 km à l’ouest de Malole. Les rebelles y ont pillé et incendié le siège épiscopal. Ils ont également mis le feu aux bureaux de la Coordination des Ecoles conventionnées catholiques et au Noviciat où sont formées des jeunes religieuses. Finalement, ils ont profané la cathédrale Saint Jean-Baptiste. L’ampleur de ces attaques est inédite: « L’Église catholique jouit d’une bonne considération dans le pays, parce qu’elle ne s’est jamais alignée sur les desseins d’un quelconque groupe politique. Maintenant, on tente de l’entraîner dans ce conflit. Depuis décembre 2016, l’Église agit comme médiateur afin que le gouvernement et l’opposition parviennent à un accord pour organiser la transition », explique Mr l’Abbé Richard Kitengie Muembo. Dans un communiqué publié le 25 février, ASSEPKA a reproché à l’administration une mauvaise gestion des questions relatives au pouvoir traditionnel, leur manipulation et politisation. L’ASSEPKA considère que les raisons de la violence sont aussi à chercher dans les frustrations d’une région longtemps marginalisée et dans le chômage dont souffrent de nombreux jeunes gens. « Nous avons également entendu parler de rituels superstitieux : ils recrutent des enfants et des adolescents, leur donnent un breuvage, les soumettent à un bain rituel et leur font croire qu’ils sont invulnérables aux balles et qu’ils sont immortels. Comme s’ils étaient sous l’influence de drogues, ils commettent alors des crimes barbares », ajoute Mr l’Abbé Cibaka Cikongo. La crise du Kasaï, provoquée par les milices de Kamwina Nsapu dans le sud du pays, est l’un des cinq conflits armés en cours au Congo. Dans son Appel du 20 mars 2017 adressé au Conseil de sécurité des Nations unies, la Conférence Episcopale Nationale du Congo dénonce des violations des droits de l’homme dans quatre autres régions du pays. Dans le nord, l’Armée de résistance du Seigneur LRA (Lord Resistance Army) continue à sévir ; la province du Nord-Kivu dans l’est du pays ; la province du Tanganyika, qui est le théâtre de conflits entre les Batwa et les Bantu, et enfin le centre de pays, y compris la capitale Kinshasa, à cause des tensions politiques préélectorales. Bien que la situation actuelle ne permette pas sa réalisation, les deux représentants ont soumis à l’AED un projet de reconstruction afin que la remise en état du bâtiment endommagé par le pillage et par l’incendie puisse être entamée immédiatement dès que les conditions le permettront, pour que le Grand séminaire puisse être à nouveau ouvert le plus rapidement possible : « C’est l’espérance qui nous fait travailler. Nous n’allons pas simplement attendre, car nous voulons que nos séminaristes puissent achever l’année académique qui a été interrompue. Le Grand séminaire le plus proche est à 400 kilomètres. Le manque d’infrastructures, la situation dans le pays et les éléments relatifs à la sécurité ne nous permettent pas d’y envoyer nos étudiants. Nous voudrions aussi demander à tous les bienfaiteurs et amis de d’Aide à l’Eglise en Détresse de prier pour la paix dans notre pays. » Conjointement à cet appel à l’aide, Mr l’Abbé Kitengie Muembo a également lancé un appel à la communauté internationale: « L’Église catholique en République démocratique du Congo se trouve dans la même situation que l’ensemble du peuple congolais. Des communautés entières se cachent dans la forêt. Les écoles sont fermées, la famine règne… Nous rêvons de la fin de cette guerre absurde. Les pilleurs du monde entier viennent ici pour exploiter le pays. Ceux qui, aujourd’hui, utilisent des technologies modernes, utilisent aussi en quelque sorte le sang du peuple congolais », souligne le prêtre. En disant cela, il se réfère au coltan, un minerai noir composé de colombite et de tantalite, notamment utilisé dans les éléments électroniques des appareils mobiles, systèmes de navigation et ordinateurs. Le coltan compte parmi les « minerais de sang » parce qu’il est exploité sur la base de violations des droits de l’homme et qu’il est utilisé pour financer des groupes armés et donc pour poursuivre les conflits existants. « Il n’y a qu’une seule humanité. Nous bénéficions des avantages, et c’est bien, mais nous devrions aussi agir au vu de toute cette souffrance. La souffrance des Congolais est la souffrance du monde. Ensemble, nous pouvons mettre fin à la guerre. Il est urgent de sortir de l’indifférence, de rompre le silence. De dire NON à la violence, à l’industrie de la mort, aux usines d’armes et au commerce des armes. La technologie est faite pour améliorer la vie et non pour la détruire. Nous devrions la mettre en œuvre pour parler de cette dure réalité au Congo, pour demander les prières et l’aide internationale, afin que la vie et les droits de l’homme soient respectés », ajoute Mr l’Abbé Cibaka Cikongo.
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