L’année dernière, la capitale musulmane de 400 000 habitants a été envahie par les djihadistes prétendant être la branche locale de l’État islamique. Ils ont attaqué la cathédrale le 23 mai et kidnappé le curé de la paroisse qui s’est finalement échappé quatre mois plus tard. La ville a été assiégée pendant près de cinq mois puis entièrement détruite. L’accès au centre-ville est toujours interdit, trois mois après la fin de la bataille.

Agenouillé en silence

Ce vendredi 11 janvier 2018, une délégation restreinte comprenant deux directeurs nationaux de l’AED (Philippines et France) a pu entrer dans le périmètre initialement nommé Ground zero et maintenant appelé MAA (zone la plus touchée). La délégation était composée de civils, les premiers à entrer dans la région depuis la guerre, avec une lourde escorte militaire. Parmi la délégation se trouvait l’évêque de Marawi, Mgr Edwin de la Peña, pour qui c’était la première visite à sa cathédrale depuis le 22 mai 2017.

En s’approchant de l’église, son cœur s’est brisé. Il s’est agenouillé en silence devant l’autel dévasté. Tout a été endommagé, y compris les statues du Christ et de la Vierge Marie : impacts de balle, meubles liturgiques brûlés… (voir photos). La résidence de l’évêque, juste en face de la cathédrale et où il vivait depuis 16 ans, a été également totalement détruite.

Réconciliation possible ?

Nous pouvions évidemment sentir l’anéantissement total de l’évêque mais plus tard, il nous a confié que sa priorité, plutôt que de reconstruire la cathédrale, est de faire revenir la population chrétienne de la ville. L’une de ses principales raisons de ne pas perdre espoir – et qui nous a vraiment touchés- est de voir que, parmi les volontaires qui travaillent avec l’Église catholique pour rétablir la confiance, il y a beaucoup de jeunes musulmans. En réalité, la plupart des volontaires sont des musulmans qui participent activement aux différents programmes proposés par l’Église.

Si tout ce cauchemar pouvait au moins faire apparaître une nouvelle génération de volontaires pour la construction de la paix, peut-être qu’un avenir semblerait possible.

L’évêque, les fidèles (les catholiques étant une infime minorité, plus ou moins 3%) et même les bénévoles sont très reconnaissants envers l’AED pour son aide et sa visite. Nous leur avons dit qu’ils peuvent compter sur notre soutien et leur avons aussi confié qu’ils ont une grande responsabilité: s’ils peuvent se réconcilier, ils apparaîtront comme des modèles pour d’autres régions du monde vivant les mêmes tensions.

Ce fut un voyage profondément émouvant, passant par une sorte de vision désespérée de l’enfer à la promesse d’une résurrection. Une intention de prière que nous gardons.

La Fondation pontificale « Aide à l’Église en Détresse » (AED) effectue son premier voyage officiel en Sierra Leone afin de continuer à analyser les projets d’aide, jusqu’ici axés principalement sur les situations d’urgence qui se sont manifestées pendant la sanglante guerre civile ou l’épidémie du virus Ebola, et qui désormais se concentreront sur la formation spirituelle ou l’encouragement des nouvelles vocations religieuses, étant donné que le pays commence à vivre une période de stabilité après avoir traversé l’une des pires décennies de son histoire.

Il est difficile d’oublier l’histoire sanglante d’un pays lorsque le fait de sortir dans la rue implique toujours de voir ses victimes qui tentent de surmonter leur enfer particulier. « Bras longs ou courts ? » demandaient les rebelles pendant la guerre à leurs victimes, avant de les mutiler et de préciser qu’ils vivraient avec des moignons pour le reste de leur vie. Il y a aussi les enfants qui aujourd’hui déambulent seuls dans la ville, et qui sont le résultat de viols de jeunes filles qui étaient droguées pour qu’elles résistent moins. Ces atrocités étaient encore commises il y a quelques années, jusqu’au moment où la guerre civile en Sierra Leone a pris fin, en 2002. Après un traumatisme comme celui-là, la société s’est totalement effondrée, causant une profonde pauvreté, des désastres dans l’administration, du chômage, l’expansion de la corruption, le déplacement de milliers de personnes, le virus Ebola, des inondations répétées en lien avec les fortes pluies, ou encore les désirs de puissance déclenchés par les diamants.

Il y a quelques semaines, le maire d’une ville de la région de Kono – au nord-ouest du pays, célèbre pour l’extraction du diamants – a informé plus de 300 familles qui vivent là que dans quelques jours elles devraient quitter leurs maisons qui devraient être démolies pour continuer à chercher ce précieux produit. La délégation de l’AED s’est rendue là-bas, dans « une zone lunatique où l’on ne voit que des montagnes de terre grise qui ont été faites et défaites à maintes reprises, avec l’obsession de trouver des diamants », comme le décrit impressionnée Kinga von Poschinger, responsable de projets pour la Sierra Leone de La Fondation pontificale, qui a voyagé en octobre dernier dans ce pays africain.

Malgré son histoire terrible et son présent inquiétant, le pays lutte chaque jour pour aller de l’avant sans laisser de côté la joie et l’espérance qui caractérisent ce peuple. Tous ses malheurs ont servi à unir la société, indépendamment de l’origine ou de la religion confessée. La majorité de la population est musulmane (70%), suivie de 25% de chrétiens, répartis entre catholiques, protestants et communautés pentecôtistes. « Les musulmans et les chrétiens coexistent pacifiquement et entretiennent des relations très amicales, ce qui est peu commun dans le reste de l’Afrique », précise Kinga von Postchinger. « Le respect est tel qu’il est normal pour eux que, dans la même famille, il y ait des parents ou des enfants avec des croyances différentes ». Jusqu’à présent, la plupart des écoles étaient catholiques, et les chrétiens autant que les musulmans allaient ensemble à l’école où tout le monde apprenait à prier le Notre Père et où les valeurs de l’Évangile étaient enseignées, ce qui au fil du temps a causé de nombreuses conversions, et dans certains cas des vocations nouvelles.

En Sierra Leone, tout le monde a une religion, mais la foi – tant chrétienne que musulmane – se vit d’une manière très superficielle. « Leur façon de croire manque de profondeur et de spiritualité. Les gens choisissent souvent leur religion pour des raisons qui ont peu à voir avec la foi, par exemple parce que la paroisse de la communauté pentecôtiste est plus proche de leur village que la communauté catholique, ou vice versa », explique Kinga von Postchinger tout en se rappelant les paroles d’un prêtre de l’archidiocèse de Freetown qui parlait des fidèles qui sont « comme des brebis sans berger », faisant référence à l’absence de quelqu’un pour les guider.

C’est pourquoi la Fondation pontificale AED va consacrer ses prochains projets d’aide en Sierra Leone au soutien des nouvelles vocations religieuses, à la rénovation des installations pastorales – comme par exemple le « Centre pastoral Saint Jean-Paul II » de l’archidiocèse de Freetown – ou à la formation des prêtres, précisément pour ceux qui sont prêtres depuis plus de 10 ans et n’ont pas reçu de cours de spiritualité au cours de cette période. Des rencontres seront également organisées afin d’évoquer ensemble les problèmes et leurs solutions, parmi les diocèses du pays. Jusqu’à présent et à cause de l’urgence, l’Aide à l’Église en Détresse avait mené à bien des projets visant à la reconstruction du pays ou à la motorisation, afin que les religieux puissent atteindre les différentes paroisses séparées par de longues distances.

Les fidèles de la République tchèque ont choisi le centenaire des apparitions de Fatima comme année spéciale d’action de grâce pour la liberté retrouvée après le communisme. Dans ce pays le plus athée d’Europe, il était important pour l’Église catholique de se souvenir de cela par une année entière de pèlerinage à l’échelle de tout le pays. C’est ainsi que le pèlerinage se poursuit dans le pays, après son point culminant qui a été le pèlerinage à Fatima en septembre : une statue pélerine de la Mère de Dieu de Fatima circulera à travers la République tchèque pendant un an. Par ailleurs, un pèlerinage d’action de grâce aura lieu le 18 novembre auprès de la statue de l’enfant Jésus de Prague, dont les pèlerins avaient apporté une copie au sanctuaire de Fatima en « signe de gratitude ».

Les pèlerins qui sont arrivés tôt dans la chapelle des apparitions de Fatima le 13 septembre dernier ont assisté à une scène surprenante : une religieuse a apporté dans ses bras une statue de l’enfant Jésus de Prague devant la statue miraculeuse de Notre-Dame. L’enfant Jésus, représenté comme un roi, était habillé d’un vêtement blanc de fête et devait connaître un grand triomphe plus tard dans la journée. Car à la fin de la messe solennelle sur la place du sanctuaire de Fatima, le Cardinal Dominik Duka, archevêque de Prague, a remis cette statue, devant plusieurs milliers de pèlerins du monde entier, à Mgr. António Augusto dos Santos Marto, évêque de Leiria-Fatima, dont le diocèse comprend ce lieu de pèlerinage de renommée mondiale.

En République tchèque, l’Église a entrepris pour la deuxième fois un pèlerinage national à Fatima à l’occasion du centenaire des apparitions de Fatima. 1.300 pèlerins, dont toute la Conférence épiscopale tchèque, de nombreux religieux, prêtres et fidèles, s’étaient mis en chemin vers le sanctuaire marial portugais, lequel est étroitement lié à l’histoire de l’ancien bloc de l’est.

L’archevêque de Prague a rappelé que les pèlerins de la République tchèque avaient déjà fait un pèlerinage à Fatima en 1989, en action de grâce pour la liberté retrouvée. Cette fois-ci, ils ont remercié « pour une nouvelle génération qui n’a pas eu à subir la prison du nazisme, la prison du communisme ni la persécution religieuse ».

En signe de gratitude, il a remis à l’évêque local la statue de l’enfant Jésus de Prague, consacrée dans le sanctuaire de Prague, comme un cadeau spécial offert par les fidèles tchèques au sanctuaire de Fatima. « L’enfant Jésus est le patron de ses amis », a déclaré le Cardinal Duka. En 2009, le Pape Benoît XVI était également venu voir le célèbre enfant Jésus de Prague lors de son voyage à Prague.

En fait, le sort du « Jezulatko », comme on appelle l’enfant Jésus de Prague en tchèque, a été profondément lié aux messages de Fatima au siècle dernier. En effet, la Sainte Vierge avait annoncé dès 1917 – il y a exactement 100 ans – aux trois petits bergers, à Fatima, la révolution d’octobre en Russie et la deuxième guerre mondiale. Cela avait été suivi d’une persécution sans précédent de la foi. Après la seconde guerre mondiale, le pays qui était alors la Tchécoslovaquie était tombé sous le joug du communisme, devenant le théâtre de l’une des pires persécutions de l’Église d’Europe de l’est. Des milliers de prêtres et de religieux ont été condamnés à de longues peines de prison et aux travaux forcés, des monastères et des églises ont été fermés et profanés, et la pratique de la foi a été sévèrement limitée. L’enfant Jésus de Prague est resté pendant de nombreuses années tout seul et abandonné sur son autel dans une église presque dévastée.

« C’est au cœur immaculé triomphant de Marie que nous devons de pouvoir vivre librement », a proclamé le Cardinal Duka devant plusieurs milliers de pèlerins à Fatima. Une statue de la Sainte Vierge de Fatima a été prêtée aux pèlerins tchèques pour qu’ils l’emportent avec eux dans leur patrie. Juste après le retour des pèlerins de Fatima, la statue de la Mère de Dieu a été accueillie dans la cathédrale Saint Guy par une messe solennelle, et transportée à travers Prague par une grande procession. Elle va maintenant voyager pendant un an à travers les églises, les cathédrales et les sanctuaires de la République tchèque – exactement 50 ans après qu’une statue de Notre-Dame de Fatima, secrètement apportée en Tchécoslovaquie, eut ouvert la voie au fameux « printemps de Prague », lequel avait contribué en 1968 à soulager également la situation de l’Église.

Réciproquement, une réplique de l’enfant Jésus de Prague restera à Fatima. La philosophe et carmélite Sainte Edith Stein disait à son sujet : « N’est-ce pas le Roi secret qui est censé mettre un terme à toute détresse ? C’est lui qui tient les rênes, même si les hommes pensent avoir le pouvoir ». Lorsque les pèlerins tchèques afflueront à Prague le 18 novembre dans le sanctuaire de l’enfant Jésus, de nombreux tchèques le remercieront dans cet esprit d’avoir mis fin à l’oppression de la religion par le communisme.

La Fondation pontificale « Aide à l’Église en Détresse » (Aid to the Church in Need ou ACN) a déjà aidé l’Église catholique dans l’ex-Tchécoslovaquie avant le changement de régime, et depuis, elle a fortement soutenu le redressement de la vie de l’Église et la reconstruction des infrastructures. Aujourd’hui, cette Œuvre de bienfaisance y promeut principalement la formation des prêtres, elle aide les sœurs contemplatives en leur fournissant des moyens de subsistance et des aides à la formation, et elle offre des aides à la rénovation et à la motorisation. L’année dernière, l’aide délivrée par cette Œuvre de bienfaisance à la République tchèque s’est élevée à 60.000 euros.

La République tchèque est considérée comme le pays le plus athée d’Europe, avec 34 pourcents de personnes sans religion et 44 pourcents qui ne donnent aucune indication sur leur appartenance religieuse. 10,4 pourcents de la population se sont déclarés catholiques lors du recensement de 2011. 11 pourcents de la population appartiennent également à une autre confession chrétienne. Au début de l’ère communiste, en 1950, 76 pourcents de la population de l’ex-Tchécoslovaquie étaient encore catholiques.

Les membres de l’ordre des Trappistes mènent une vie de prière et de pénitence stricte et isolée. On connaît d’eux particulièrement bien le fait qu’ils passent une grande partie de leur vie dans le silence afin de n’écouter que Dieu. L’ordre se compose d’une branche masculine et d’une branche féminine, qui partagent un mode de vie largement identique.

La branche féminine de l’ordre compte environ 70 monastères dans le monde entier. Il y a aussi des sœurs trappistes en République Démocratique du Congo. 21 sœurs vivent dans l’est du pays, à Murhesa, dans la région frontalière du Rwanda. La région du Sud-Kivu, dans laquelle se situe Murhesa, est depuis de nombreuses années le théâtre des conflits les plus sanglants de l’histoire africaine récente. La présence de l’Église est le seul espoir pour la population. Les prêtres et les sœurs y témoignent souvent du Christ au péril de leur vie.

Le monastère des sœurs trappistes a également été durement éprouvé par la guerre, l’insécurité, les cambriolages et les catastrophes naturelles. Une des sœurs a même été tuée en décembre 2009.

Malgré de nombreuses difficultés et souffrances, le monastère, qui existe depuis 60 ans, peut cependant se réjouir d’attirer de nombreuses vocations. En effet, des jeunes filles ne cessent de frapper à sa porte parce qu’elles veulent suivre le Christ.

Étant donné que la règle de l’ordre prévoit que les sœurs vivent du travail de leurs mains, elles ont déjà essayé dans le passé différentes solutions pour gagner leur vie. Elles ont produit du yaourt et de la crème glacée, qui étaient principalement destinés à être vendus aux troupes des Nations Unies stationnées dans la région, et elles ont également essayé d’élever des poulets et des lapins ainsi que de faire de l’apiculture. Mais leurs efforts n’ont pas vraiment été couronnés de succès. Le principal problème était que le monastère ne disposait pas de salles de travail appropriées. Des travaux avaient commencé en 1994 pour agrandir le monastère et construire un bâtiment d’exploitation, mais la guerre a réduit à néant ce projet.

Après plus de 20 ans, les sœurs ont demandé de l’aide à l’AED. Nos bienfaiteurs ne les ont pas abandonnées et leur ont offert 42.500 euros. Les sœurs ont ainsi pu mettre en place une boulangerie et un atelier de bougies, et fabriquer du savon et du miel pour gagner leur vie. Elles remercient de tout leur cœur tous les bienfaiteurs, et prient pour tous ceux qui les ont aidées !

Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, archevêque de Minsk-Mohilev, déplore la violation des droits de l’Église catholique en Biélorussie. Dans un document dont dispose la fondation pontificale L’Aide à l’Église en détresse (AED), il exige la signature d’un concordat entre l’État biélorusse et l’Église catholique. Cet accord, en préparation depuis de longues années, n’a toutefois toujours pas été signé. Il déplore que « sans un tel concordat, l’Église ne peut pas remplir entièrement sa mission en République biélorusse comme elle le fait dans d’autres pays ».

L’Église n’exige « aucun privilège, seulement la reconnaissance de ses droits, afin de pouvoir exercer ses activités de manière appropriée ».

La situation est surtout problématique concernant les actions de prêtres étrangers au sein du pays. Bien qu’au cours des 25 dernières années, le nombre de prêtres biélorusses ce soit « considérablement » accru, passant de 60 à 400 ecclésiastiques, les activités des prêtres d’origine étrangère restent pourtant « indispensables », a souligné l’archevêque Kondrusiewicz. Ces prêtres, majoritairement d’origine polonaise, mais également venus d’autres pays, sont souvent confrontés à des problèmes pour obtenir une autorisation de séjour sur une plus longue durée. « Fréquemment, ils n’obtiennent qu’un visa pour trois ou six mois. Ce n’est pas propice à une véritable activité sacerdotale, et le travail pastoral avec les fidèles ainsi que la formation de la jeunesse en pâtissent. Nous nous efforçons de susciter des vocations sacerdotales dans le pays même, mais cela demande du temps. Vient s’y ajouter la crise démographique qui exerce une influence négative sur le nombre de vocations. »

Face à l’AED, l’archevêque a déploré par ailleurs que récemment, des prêtres étrangers se voyaient de plus en plus souvent refuser la prolongation de leur autorisation de séjour, même après plusieurs années d’activité en Biélorussie, sous prétexte d’avoir commis des infractions mineures, par exemple des excès de vitesse dans la circulation routière, et qu’ils étaient donc expulsés.

« Pour de quelconques raisons inconnues, la Biélorussie craint les prêtres étrangers. Mais combien de bâtiments ecclésiastiques servant aux fidèles biélorusses ont été construits et continuent d’être construits grâce à eux ! Ces prêtres proclament la parole de Dieu là où les prêtres biélorusses font défaut. Combien de programmes pastoraux et sociaux n’ont-ils pas lancés ! Ils apprennent à connaître la culture biélorusse, et la Biélorussie devient une seconde patrie pour eux. Par ailleurs, ils apportent de nouvelles expériences de la pastorale. Dans le monde actuel, nous sommes non seulement témoins d’un phénomène de mondialisation économique, mais aussi culturelle et religieuse, et nous devons y mettre notre grain de sel, pour ne pas nous retrouver sur le quai de gare et voir le train partir sans nous », affirme Mgr  Kondrusiewicz.

Pour avoir le droit de célébrer la Sainte messe, même les prêtres étrangers qui ne séjournent que brièvement en Biélorussie ont besoin d’une autorisation de la part des autorités. En règle générale, c’est impossible à cause du bref laps de temps. Il s’en suit une « situation paradoxale, où un prêtre étranger est certes autorisé à assister à la messe en se mêlant aux fidèles, mais dès qu’il se tient de l’autre côté de l’autel et célèbre cette Sainte messe, il se rend criminel », déplore l’archevêque.

La restitution des bâtiments ecclésiastiques expropriés à l’époque soviétique pose également des problèmes. Mgr Kondrusiewicz a souligné la valeur de ces bâtiments, non seulement pour l’Église en soi, mais aussi pour le pays : « Ces bâtiments constituent notre héritage culturel. Les touristes et les pèlerins visiteront plutôt ces églises que les bâtiments architecturaux modernes et souvent de mauvais goût. » Dans son archidiocèse par exemple, il y a le cas d’une église datant du XVIIIe siècle, qui a été expropriée à l’époque soviétique. Après le tournant politique, elle a été restaurée aux frais de l’Église catholique. Toutefois, le bâtiment n’a pas été restitué à la paroisse, mais l’Église catholique doit payer un loyer pour avoir le droit de l’utiliser, rapporte l’archevêque. « Où est donc la justice ? », demande-t-il, en exigeant des lois de restitution telles qu’elles existent dans quelques autres pays d’Europe de l’Est

Il n’y a aussi aucun règlement de construction qui se rapporte spécialement aux églises. Au contraire, les maisons de Dieu sont soumises aux mêmes règlements que les centres culturels, par exemple. « Toutefois, les églises sont édifiées grâce aux dons des fidèles, et pas avec des fonds publics comme c’est le cas des centres culturels. Selon les modalités en vigueur, une église doit être érigée en l’espace d’un an ou même plus rapidement encore. Comment cela pourrait-il être possible ? » Ainsi, durant les travaux de construction, il est nécessaire de solliciter plusieurs fois une autorisation de prolongation de ces travaux, ce qui, à chaque fois, engendre évidemment des coûts.

L’archevêque éprouve également « une grande inquiétude » face à la tentative d’influence de la part de l’État sur les contenus des matériels didactiques pour la catéchèse qui, en Biélorussie, se déroule dans les écoles dominicales de l’Église. « Il s’agit ni plus ni moins d’une ingérence dans les affaires intérieures de l’Église, incompatible avec la liberté de religion, la liberté de conscience et celle des organisations religieuses ».

Josemaria Claro, ACN Philippines

Farida, une propriétaire de magasin musulmane de la ville de Marawi, n’avait pas d’autre choix que de laisser les terroristes qui ont fait irruption dans son magasin, le 24 mai dernier, piller ses biens et ses produits. Mais quand les hommes en armes ont dirigé leur attention vers ses 13 employés de sexe masculin, qui s’étaient recroquevillés dans un coin du magasin, Farida a regardé les terroristes droit dans les yeux et leur a dit en Maranao : « Vous devrez me tuer avant même de les toucher ». Les terroristes, la plupart adolescents, ont senti le sérieux de la détermination de Farida et se sont contentés de leur butin. Farida savait qu’elle aurait à recourir à des mesures aussi extrêmes pour empêcher toute interaction entre les hommes en armes et ses employés, principalement des chrétiens originaires des provinces voisines. Cela faisait au moins une décennie qu’ils travaillaient pour Farida. Si les terroristes leur avaient parlé, ils auraient immédiatement découvert qu’ils étaient chrétiens et ils les auraient emmenés avec leurs familles.

Après le départ des terroristes, Farida ordonna immédiatement à tous ses employés de se cacher dans la maison d’un parent. Elle contacta ensuite un oncle pour faciliter l’évasion de ses employés chrétiens par bateau, en traversant le lac Maranao, et en poursuivant en toute sécurité vers la ville d’Iligan. L’histoire de Farida a été publiée par le Philippine Daily investigateur (PDI), l’un des journaux les plus lus dans le pays.

Dans leur langue, Maranao désigne « les gens du lac », parce que la ville de Marawi se situe en altitude, sur les rives du majestueux et placide lac Lanao. Les Maranaos sont le plus grand des treize groupes ethniques musulmans des Philippines, chaque groupe ayant une culture, des traditions littéraires et une langue qui lui sont propres. Ils sont connus pour leur musique, leurs récits épiques et leurs textiles. Ils sont également célèbres pour leurs compétences commerciales qui ont fait de la ville de Marawi une ville d’affaires florissante depuis le début du vingtième siècle.

En tant que commerçants qualifiés, les Maranaos font partie des groupes musulmans les plus aisés des Philippines, et Marawi est l’un des rares endroits dans le pays où des chrétiens des provinces voisines travaillent pour des employeurs musulmans. Certains chrétiens ont décidé de migrer vers Marawi en raison du bon traitement que leur réservent des employeurs musulmans tels que Farida, qui permettent à leurs ouvriers de vivre dans leur cadre familial.

D’autres histoires, similaires à celle de Farida, ont été relatées dans différents journaux philippins ces derniers jours. Il y a aussi l’histoire de Zaynab, une travailleuse humanitaire qui a accompagné en personne une vingtaine de chrétiens, en parcourant une déviation pendant 15 heures pour éviter l’embouteillage causé par les personnes qui fuyaient le nord de Marawi. « Je n’ai jamais pensé au danger. J’étais prête à mourir avant qu’ils (les terroristes) ne s’en prennent aux chrétiens », dit Zaynab, citée par le PDI.

Un autre journal, le Philippine Star, raconte comment un procureur musulman a abrité 42 chrétiens dans un immeuble de grande taille qu’il possède, avant de faciliter leur évasion par petits groupes. Il a également publié une histoire sur la façon dont sept étudiants chrétiens de l’Université publique de Mindanao ont été pris au piège dans leur dortoir pendant plusieurs jours, avec trois musulmans. Tout au long de cette épreuve, les musulmans ont assuré à leurs camarades de classe chrétiens que même s’ils étaient capturés, ils ne les abandonneraient jamais.

Mgr. Edwin dela Peña, évêque de la ville de Marawi, a raconté à l’AED comment un fonctionnaire local musulman avait expliqué aux membres de la famille de son chauffeur personnel, et à ses autres compagnons chrétiens, ce qu’ils devaient dire aux terroristes en cas de confrontation. Il les a ensuite amenés en personne vers des autobus qui les ont emmenés pour qu’ils soient en sécurité à Iligan.  « Je le considère comme un héros pour avoir conduit ce groupe de chrétiens et de musulmans ensemble, tentant de fuir le danger qui les attendait », a déclaré Mgr. dela Peña à l’AED.

Ces histoires reflètent le sens de la compassion inhérent aux Maranaos musulmans. Mais cela peut également refléter la solidarité croissante entre les musulmans et la minorité chrétienne à Marawi. Elle est le fruit des efforts de l’Église catholique pour inciter les responsables musulmans au dialogue interconfessionnel. « [La relation islamo-chrétienne] était belle. Nous étions engagés dans un dialogue interreligieux avec beaucoup de partenaires. C’était magnifique jusqu’à l’émergence de cet extrémisme : les combats, la présence de ces éléments extrémistes originaires du Proche-Orient, et la radicalisation des jeunes ».

Cependant, Mgr. dela Peña est prompt à réfuter l’allégation des terroristes selon laquelle l’influence de Daesh (l’État Islamique) a reçu le soutien de la population locale. Les Maranaos « ressentent une certaine forme de colère contre ces groupes terroristes qui viennent perturber cette commémoration très sainte du Ramadan. Donc, si ces groupes extrémistes voulaient obtenir le soutien du peuple, c’est raté ». Il ajoute : « En fait, nous avons appris d’eux qu’ils sont également contre cet afflux d’éléments de l’État Islamique qui arrivent à Marawi, parce qu’ils savaient exactement quelles conséquences cela aurait sur la culture de la population et son mode de vie. Les gens de Marawi ont toujours été très paisibles ».

Même si sa cathédrale et sa résidence épiscopale ont été incendiées, Mgr. dela Peña, dans son appel à la communauté de l’AED, veut donner la priorité aux besoins humanitaires des déplacés Maranaos, qui sont à l’étroit dans les centres d’évacuation de la ville d’Iligan. « Nos besoins ne sont pas notre préoccupation majeure en ce moment. Notre objectif est plutôt d’essayer de faire ce que nous pouvons pour répondre à la crise humanitaire qui s’est développée à Iligan en ce moment. Il y a tellement de personnes qui ont été évacuées de Marawi et qui ont besoin de tout le soutien que nous pouvons obtenir. » L’évêque a également demandé une prise de conscience mondiale de la crise en cours : « Nous devons attirer l’attention du monde sur ce qui se passe à Marawi en ce moment », a déclaré l’évêque.

Dans son appel final, Mgr. dela Peña implore : « Nous travaillons également avec nos frères et sœurs musulmans qui dialoguent avec nous. C’est pour nous une grande occasion de montrer notre solidarité et d’essayer de répondre aux besoins de nos frères et sœurs, en particulier dans les centres d’évacuation. C’est donc ce que nous faisons en ce moment, et s’il y a quelque chose que vous pouvez faire pour nous aider…, nous vous en serions reconnaissants. »

Malgré la tragédie en cours, l’Église catholique, en union avec les Maranaos musulmans, croient que la ville de Marawi se relèvera de ses cendres. Il est à espérer que la prochaine métamorphose de la ville enverra aux esprits pervers des terroristes du Proche-Orient le message fort que les embrasements de haine et de violence ne détruiront jamais la solidarité durement acquise entre chrétiens et musulmans philippins, ni leur rêve partagé d’un Mindanao pacifique et progressiste.

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