Effet d’une cathédrale à Basankusu, à l’ouest du Congo – avec le soutien de L’Aide à l’Église en détresse

En République démocratique du Congo, l’Église connaît une situation difficile, particulièrement à l’est du pays, où une guerre pour les mines très convoitées fait rage depuis des dizaines d’années. Le diocèse de Basankusu, situé au nord-ouest et dirigé par l’évêque Mgr Joseph Mokobe Ndjoku, en ressent également les effets. Depuis quelque temps, une impressionnante église s’y dresse, marquant de sa silhouette le paysage environnant. L’œuvre internationale de bienfaisance catholique L’Aide à l’Église en détresse (AED) a soutenu ce projet des années durant. À présent, l’édifice se démarque nettement au milieu des champs verdoyants.

Les voyages au sein du diocèse sont pénibles

Cependant, l’économie en faillite, marquée par la corruption et l’inefficacité, laisse ses traces partout. L’infrastructure, par exemple, est en piteux état en de nombreux endroits, sinon quasi inexistante. Mgr Joseph Mokobe Ndjoku et ses collaborateurs ne peuvent souvent effectuer leurs visites dans le diocèse de 77 000 kilomètres carrés qu’en empruntant des pirogues et en voyageant sur les cours d’eau parce que les routes sont impraticables. Pour parcourir 300 kilomètres, il faut plus de deux jours.

Le pays prévoit de tenir des élections fins 2017. L’évêque déplore toutefois que les préparatifs s’enlisent, et qu’entre-temps, les tables rondes où l’Église n’avait de cesse de s’engager en faveur du dialogue pour la paix et du renouvellement entre les camps en désaccord dans la société, n’ont plus lieu. L’exploitation notoire des ressources naturelles et les conséquences catastrophiques pour la population restent des problèmes non résolus. L’une des revendications centrales de l’Église est donc, « de tenir les élections prévues. »

Le nouveau lieu de culte motive les fidèles

Pourtant, des symboles d’espérance croissent encore au cœur de cette situation. L’un d’eux est la cathédrale presque achevée de Basankusu. Pour la population, c’est plus qu’un bâtiment qui s’érige sous leurs yeux et à leur portée. Un proverbe congolais dit « Sans toit, pas de communauté ». Si la cathédrale se dresse maintenant au-dessus des champs, « pour les gens sur place, la communauté des fidèles est littéralement scellée », déclare l’évêque. En effet, c’est ici qu’ils se réuniront, pour prier ou participer à des formations, lors de messes et de cérémonies, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil. « Pour eux, la cathédrale constitue une motivation permanente gravée dans la pierre de continuer eux aussi à s’engager en faveur de l’intérêt général. Il s’agit également d’un signe d’appartenance à la grande famille des fidèles, bien au-delà des frontières. » C’est également un maillon les rattachant aux bienfaiteurs d’AED du monde entier, qui ont contribué au financement de cette cathédrale. En même temps, le nouveau lieu de culte symbolise aussi l’exigence « adressée aux catholiques du Congo de s’engager dans un esprit chrétien en faveur de la paix », explique Mgr Joseph Mokobe Ndjoku. Voilà pourquoi il décrit cette cathédrale comme pivot central des futures campagnes allant dans ce sens –malgré le maigre quotidien. L’inauguration de l’église est prévue au printemps prochain.

« L’Aide à l’Église en Détresse » et le Comité de reconstruction de Ninive (CRN) luttent contre le temps pour ramener à la maison le plus grand nombre possible de familles syro-catholiques avant le début de l’année scolaire. Il y a bien 600 familles qui sont déjà retournées dans cette ville de la plaine de Ninive. Le Père Georges Jahola, responsable de l’équipe syro-catholique pour le CRN, déclare : « Dix années, et la ville sera repeuplée comme avant l’État Islamique ».

La ville de Baghdeda (en langue turque Qaraqosh), dans la plaine de Ninive, lutte contre le temps et pour rester en vie. Les écoles rouvrent en septembre. Les familles syro-catholiques, qui avaient quitté la ville il y a trois ans pour fuir les attaques de l’État Islamique (ÉI) et qui ont passé les trois dernières années au Kurdistan en tant que « déplacés internes », voudraient enfin revenir chez elles, à temps pour le début de l’année scolaire de leurs enfants.

« Les écoles de Baghdeda ont été réparées par des organisations internationales telles que l’ONU », explique le Père Georges Jahola, responsable de l’équipe syro-catholique, membre du Comité de reconstruction de Ninive (CRN) chargé de reconstruire la ville. « Malheureusement, les maisons des familles chrétiennes qui voudraient revenir – ajoute ce prêtre syro-catholique – n’ont pas encore été rénovées. Environ 5.000 familles syro-catholiques vivait à Baghdeda avant l’ÉI. Quelque 60 pourcents d’entre elles ont des enfants en âge d’aller à l’école. Si en septembre leurs maisons ne sont pas encore prêtes, ces familles pourraient décider de se déplacer ailleurs, et cette fois pour toujours. Si en revanche nous y arrivons, je suis sûr que Baghdeda se repeuplera en dix ans, sauf pour ce qui est des familles qui ne reviendront pas, et qu’il y aura à nouveau autant de chrétiens qu’avant l’ÉI ».

Dans cette ville, les deux années et demi d’occupation par des milliers de miliciens de l’ÉI – qui, suggère le Père Jahola, « avaient probablement ici leur base opérationnelle » – ont laissé « en héritage » 6.327 propriétés à rénover. Les terroristes ont incendié 2.269 logements, partiellement endommagé 3.950 appartements et en ont bombardé 108.

« L’Aide à l’Église en Détresse » (AED) ainsi que d’autres organisations sont en train de reconstruire les premières maisons, en commençant par les moins endommagées. L’AED en a déjà reconstruit 47 dans la zone « E » de la ville. « Les familles reçoivent ce signal d’espérance et commencent à revenir », commente le Père Jahola. À Baghdeda – ajoute-t-il – 600 familles sont déjà revenues. Par ailleurs, nous avons environ 120 ouvriers qui ont déjà emménagé ici pour travailler, pendant que leurs familles attendent toujours à Erbil de pouvoir les rejoindre. Ce sont surtout les enfants qui sont ravis de pouvoir rentrer chez eux ».

Pour ramener Baghdeda à la vie, le réseau d’eau et le réseau d’électricité doivent être remis en état de fonctionner. « Le courant revient lentement. Le gouvernement de Bagdad a réparé les anciens générateurs électriques et en a acquis 15 nouveaux, ce qui est cependant encore trop peu. En fait, il en faudrait au moins 150 autres. Les terroristes de l’État Islamique ont endommagé le réseau d’eau de la ville, et l’eau ne parvient pas dans certains quartiers de la ville. La municipalité aurait besoin d’une tractopelle pour travailler, mais nous n’en avons pas ».

Le centre névralgique de la reconstruction de Baghdeda est le bureau de l’équipe syro-catholique, dirigé par le Père Georges Jahola. « Chaque jour, nous recevons des appels de familles chrétiennes qui veulent rentrer chez elles. Nos ingénieurs vérifient l’état structurel de leurs maisons et répertorient les dommages. Ensuite, ils retournent au bureau, et les données collectées par l’expertise sont notées. De plus en plus de familles nous demandent de faire une estimation des coûts de réparation de leur maison : ces jours-ci, en raison des nombreuses demandes, nous avons même dû embaucher deux nouveaux ingénieurs ».

Malgré les difficultés, d’autres familles syro-catholiques sont également en train de revenir lentement à Bartella, une ville de la plaine de Ninive à majorité syro-orthodoxe. Sur les 650 familles qui vivaient à Bartella avant l’attaque de l’ÉI, 24 sont déjà revenues. Dans cette ville, occupée du 6 août 2014 au 20 octobre 2016, l’ÉI a incendié 69 habitations de familles syro-catholiques, en a endommagé 274 et en totalement détruit 19. Le Père Benham Benoka, membre du Comité de reconstruction de Ninive (CRN), est chargé de la reconstruction de ces maisons de familles syro-catholiques à Bartella. Comme à Baghdeda, une équipe d’ingénieurs vient voir les maisons, effectue les évaluations des dommages et des coûts de réparation. « Ceci est la maison de Dhiya Behnam Nuna, elle a été construite sur les ruines de l’ancienne ville de Bartella », précise le Père Benoka. « Les terroristes de l’État Islamique ont percé les murs des appartements pour pouvoir se déplacer de maison en maison sans être repérés par les hélicoptères américains », explique le Père Benoka, pendant que nous passons justement d’appartement en appartement à travers ces ouvertures dans les murs.

Sur le sol, il y a un tat de déchets : images sacrées, vêtements, matelas et meubles. Il semble impossible de revenir vivre ici. Pourtant, un ingénieur prend déjà les mesures des fenêtres. Monsieur Dhiya Behnam Nuna aura bientôt des fenêtres neuves.

Les défis auxquels les chrétiens des plaines de Ninive font face sont énormes : actuellement, on compte encore 14 000 familles ayant fui Mossoul et les plaines de Ninive et vivant à Erbil (environ 90 000 personnes). Près de 13 000 maisons doivent être reconstruites. Il faut aussi assurer la sécurité des villages, régler les problèmes d’infrastructures (eau, électricité, routes, écoles et cliniques), prendre en compte les manœuvres politiques irakiennes et kurdes sur le terrain… sans oublier la période de transition entre la fin des locations mensuelles et des colis de nourriture, et le retour de ces familles vers les villages restaurés. Selon les enquêtes les plus récentes, mises à jour par le Nineveh Reconstruction Committee le 14 juillet 2017, 1228 familles sont déjà revenues dans les plaines de Ninive et 423 propriétés sont en cours de rénovation, dont 157 ont été restaurées grâces aux contributions financières de l’AED.

Dans la plaine de Ninive, en Irak, 363 bâtiments appartenant à l’Église, endommagés ou détruits par l’État Islamique, ont besoin d’être rénovés. Les sœurs dominicaines Luma Khuder et Nazek Matty déclarent : « Nous espérons revenir à Teleskuf dès que possible, les familles ont besoin de nous ». Don Andrzej Halemba, Président exécutif (Président par intérim) de la Commission « Niniveh reconstruction » ajoute : « 450 familles sont déjà retournées à Teleskuf. Nous espérons que beaucoup d’autres suivront leur exemple ».

 « L’accord entre les Églises chrétiennes est un bon signe. Les gens perçoivent que l’Église est unie et que les décisions ne seront pas prises unilatéralement ». Sœur Luma Khuder et Sœur Nazek Matty, des sœurs dominicaines de Sainte Catherine de Sienne du couvent « Notre-Dame du Rosaire » de Teleskuf, au nord de Mossoul, voient comme un signal encourageant l’engagement des Églises chrétiennes en Irak en faveur de la reconstruction des villages chrétiens de la plaine de Ninive, détruits par l’État Islamique autoproclamé. Le 27 mars dernier, l’Église syro-catholique, l’Église syro-orthodoxe et l’Églises chaldéenne ont institué une commission (Commission de reconstruction de Ninive, CRN) dont la tâche est de suivre et de planifier la reconstruction de près de 13.000 logements.

Avant 2014, les dominicaines de Sainte Catherine de Sienne disposaient de couvents dans de nombreuses villes de la plaine de Ninive. Puis l’État Islamique est arrivé, et Sœur Luma et Sœur Nazek ainsi que 70 autres sœurs sont devenues des « déplacées internes ». « En 2014, à peine arrivées à Erbil – explique Sœur Luma – nous avons commencé à distribuer de la nourriture, du lait et des couches. Nous avons ouvert des “couvents d’urgence”, pour être aussi proches que possible des chrétiens déplacés, pour les servir et pour être avec eux. En 2015, une fois que les personnes déplacées ont été installées dans des logements plus définitifs, nous avons ouvert deux écoles, l’une à Ankawa, au nord d’Erbil, et l’autre à Dohouk. L’école d’Erbil est fréquentée par environ 600 enfants âgés de 6 à 13 ans. Nous avons également ouvert une école maternelle qui accueille 392 enfants. Ces structures sont financées, entre autres, par l’AED. Nous dépendons totalement de ces aides ».

Maintenant, la situation est en train de changer. « Le nombre de déplacés internes au Kurdistan – note Sœur Nazek – diminue lentement. « A Teleskuf, il n’y a plus de danger, et plusieurs familles sont retournées chez elles ». « L’AED – ajoute enfin Sœur Luma – commence à reconstruire les maisons, y compris à Teleskuf. L’État Islamique est resté dans ce village pendant une courte période, et les maisons ne sont pas trop endommagées. Nous aussi, avec le soutien de l’AED, nous réparons notre couvent Notre-Dame du Rosaire à Teleskuf. Nous aimerions y retourner aussitôt que possible, ainsi que les gens qui sont maintenant fatigués de vivre loin de chez eux ».

« Nous savons que depuis janvier 2017, environ 450 familles sont retournées à Teleskuf, et beaucoup d’autres se préparent à rentrer chez elles », explique Don Andrzej Halemba, référent de l’AED pour le Proche-Orient et Président exécutif de la Commission « Niniveh reconstruction ». « Parmi tous les villages de la plaine de Ninive – ajoute Don Halemba – Teleskuf est à ce jour le plus sûr. La zone est en fait contrôlée par l’armée kurde. Nous espérons que le retour des familles chrétiennes à Teleskuf aura un “effet domino” sur les familles des autres villages qui hésitent encore à revenir, de peur que la situation ne soit pas encore complètement sécurisée. L’AED contribuera à hauteur de plus de 40.000 euros à la restauration du couvent dominicain de Teleskuf : Les sœurs doivent revenir au plus tôt, les familles ont besoin d’elles ».

Dans toute la plaine de Ninive, il y a au total 363 biens ecclésiastiques qui ont besoin d’être restaurés suite aux attaques de l’État Islamique : 34 ont été totalement détruits, 132 ont été incendiés, 197 sont « partiellement endommagés ». Rien qu’à Teleskuf, on compte 1.104 maisons privées et 21 biens ecclésiastiques endommagés par l’État Islamique.

Le Togo est un État multiethnique d’Afrique de l’Ouest qui compte 6,3 millions d’habitants. Le diocèse de Dapaong se situe dans le nord du pays, dans une région qui constitue la porte d’entrée pour le Sahel. Ici, le désert ne cesse d’avancer, rendant plus difficiles l’agriculture et la survie. Il s’agit donc de l’une des régions les plus pauvres du pays. Plus de 80 pourcents de la population vivent avec moins de 15 euros par mois, et 13 pourcents disposent même de moins de 10 euros par mois.

La population de la région est très jeune : 70 pourcents d’entre elle a moins de 21 ans. Beaucoup de gens veulent être baptisés. La Bonne Nouvelle du Christ attire de nombreux anciens adeptes des religions africaines traditionnelles. La paroisse Saint Paul, à Dapaong, compte actuellement 1.000 candidats au baptême ! Les classes de catéchèse sont donc actuellement surchargées de jeunes et d’adultes.

Le Père Joan Sole Ribas se réjouit que sa paroisse soit en plein essor, mais c’est pour lui un grand défi que d’instruire autant de catéchumènes. Il n’y a tout simplement pas de place pour cela. Il voudrait donc maintenant construire pour la catéchèse un total de trois classes qui pourraient aussi être utilisées pour les cours du soir d’alphabétisation des adultes et des adolescents et comme école de musique. La paroisse a les moyens de financer une salle de classe, mais elle nous a demandé de l’aide pour les deux autres.

Les déplacés chrétiens dans la région d’Erbil dépendent de l’aide extérieure, tout en espérant retourner dans leurs villages au cours des prochains mois. 

Entretien accordé par Mgr. Bachar Matti Warda CSSR, archevêque chaldéen d’Erbil, à la Fondation pontificale « Aide à l’Église en Détresse », à propos des conditions de vie actuelles à Erbil des familles chrétiennes qui avaient été expulsées de Mossoul et de la plaine de Ninive par l’État Islamique pendant l’été 2014. Par Maria Lozano

Aide à l’Église en Détresse : Pourriez-vous nous décrire le contexte et la situation générale des chrétiens déplacés à Erbil ?

Mgr. Bashar Matti Warda : Actuellement, il y a encore plus de 10.000 familles de déplacés chrétiens dans la grande région d’Erbil. Alors que beaucoup ont encore l’espoir de retourner dans leurs foyers à Ninive, cela reste pour la majorité d’entre eux une grande incertitude en raison de la poursuite du conflit dans la région et de l’absence d’un plan de sécurité qui soit stable, de la part du gouvernement central de Bagdad ou du gouvernement régional du Kurdistan (GRK).  À l’heure actuelle, dans les villes en cause, il n’existe pas de programme ou d’aide à la reconstruction sérieux, que ce soit du GRK ou du gouvernement central de Bagdad. Les personnes actuellement déplacées dans la grande région d’Erbil sont confrontées aux deux principaux obstacles que sont le manque de sécurité et le manque d’infrastructures civiles. Dans ce contexte, la majorité des personnes déplacées ne sont pas encore prêtes à retourner dans leurs anciennes maisons, en particulier dans le secteur iraquien de Ninive, qui comprend Qaraqosh.

La situation dans le secteur sous contrôle kurde, qui comprend les villes de Teleskof, Batnaya et Baqova, est un peu plus claire en ce qui concerne la sécurité, et les retours vers ces villes ont commencé. Toutefois, ces retours dépendent entièrement des efforts privés pour la reconstruction, ce qui a affecté en conséquence le rythme des retours.

AED : En ce qui concerne la situation économique des familles, quelles sont leurs conditions de vie ? De quoi les gens manquent-ils principalement ?

Mgr. Warda : Les familles déplacées sont presque toutes au chômage, ou officiellement employées par le gouvernement, mais sans recevoir de salaire significatif. Le travail, quand il y en a, prend essentiellement la forme d’un travail indépendant, comme la vente de divers produits dans la rue, la plupart du temps sans autorisation appropriée. Ceux qui avaient économisé au début de la crise ont le plus souvent épuisé leurs fonds au cours des trois dernières années. Au cours des prochains mois, nous nous attendons à assister à une augmentation des besoin d’aide financière et humanitaire. Les trois domaines les plus critiques pour ce qui est des besoins continuent d’être le logement, la nourriture et les soins de santé.

Pourquoi les déplacés sont-ils au chômage ? Quand ils trouvent un emploi, qui a les moyens de payer leur salaire, s’ils en ont un ?

La majorité des personnes déplacées sont sans travail officiel, en raison de la crise économique provoquée par la guerre et de la discrimination à l’embauche de personnes déplacées. Alors que certains déplacés ont conservé leur emploi de fonctionnaire lié à leur ancienne localisation, ce n’est le plus souvent que sur le papier et sans compensation significative, en raison de la crise économique et du dysfonctionnement du gouvernement central de Bagdad. Les personnes dont l’emploi est assuré reçoivent généralement des salaires inférieurs à 1.000 dollars par mois, ce qui est bien en-dessous du niveau requis par une famille pour louer une maison et payer pour la nourriture, les médicaments et autres besoins.

Pourriez-vous s’il vous plaît décrire la situation des enfants et des adolescents ?

En raison de la forte implication de l’Église, des écoles ont été construites pour répondre aux besoins des enfants déplacés ayant l’âge d’aller en maternelle et à l’école primaire. Une aide accrue, en termes d’enseignants et d’installations, existe encore au niveau secondaire. L’accès à l’université des déplacés reste en crise, et de nombreux étudiants ont été obligés de retarder leur entrée à l’université.  Ce problème est une question spécifique aux personnes déplacées, car les universités du GRK utilisent en générale la langue kurde pour enseigner, une langue que très peu d’étudiants déplacés parlent couramment.  L’Université catholique d’Erbil, récemment établie, qui a l’anglais comme langue d’enseignement, a cherché à régler cette question en se concentrant sur les bourses d’études des étudiants déplacés, mais des fonds supplémentaires sont encore nécessaires pour soutenir cet effort.

Quelle est la situation des personnes âgées ?

La situation des personnes âgées est très problématique. Dans de nombreux cas, les personnes âgées déplacées ont été abandonnées par leurs enfants qui cherchaient à quitter le pays. Dans presque tous ces cas, le seul soutien pour les personnes âgées est l’Église. L’archidiocèse d’Erbil a fait beaucoup d’efforts pour mettre en place les installations de base et les soins appropriés aux personnes âgées, mais un soutien significatif n’a pas été trouvé, du fait que l’accent avait été mis sur les besoins fondamentaux de l’ensemble de la population. Comme beaucoup de ces personnes âgées sont maintenant sans famille pour les soutenir, cette crise devrait se poursuivre, même après le retour de l’ensemble de la population à Ninive.

Combien y a-t-il de personnes/familles qui bénéficieront de l’aide alimentaire ? Parmi elles, combien y a-t-il d’enfants, de personnes âgées/malades ?

La situation des personnes déplacées reste fluide, mais les estimations actuelles sont qu’au moins 10.000 familles de déplacés vivent dans la grande région d’Erbil et ont besoin d’aide alimentaire. Plus de la moitié de ces personnes sont des femmes, des enfants ou des personnes âgées. Il n’y a pas de statistiques fiables disponibles concernant le nombre de malades, en raison du manque de coordination entre les établissements médicaux, mais des témoignages anecdotiques recueillis par l’archidiocèse d’Erbil auprès des cliniques indiquent que des niveaux élevés de maladies chroniques se rencontrent, surtout chez les personnes âgées, la plupart du temps du fait du stress et des conditions physiques liées au statut de personne déplacée.

Comment décririez-vous la situation typique d’une famille qui a besoin de ce genre d’aide ?

En général, les familles de déplacés sont au chômage ou sans revenu régulier significatif. Il s’agit typiquement de parents avec enfants, et dans de nombreux cas avec des grands-parents vivant aussi avec eux. Comme indiqué plus haut, un nombre croissant de personnes âgées déplacées se sont retrouvées sans membres de leur famille pour les soutenir. En général, les personnes déplacées vivent soit dans le seul camp de déplacés qui reste (Ashti 2), soit dans des foyers collectifs, typiquement 2 à 4 familles par unité résidentielle, une aide au logement étant fournie par l’intermédiaire du programme d’aide au logement de l’archidiocèse.

Comment les déplacés se sentent-ils à l’heure actuelle à Erbil, après la libération des villages des plaines de Ninive ? Quelle sont leur humeur et leurs sentiments ? Quels sont leurs espoirs et leurs questions ?

Les sentiments et l’état d’esprit des personnes déplacées varient en fonction de la ville d’où ils viennent et de leur situation économique. Les personnes déplacées des villes du secteur kurde sont plus optimistes, en raison des progrès accomplis en vue de leur retour et de la limpidité du leadership de l’Église et des structures de sécurité qui existent là-bas. Les personnes déplacées dont les foyers se trouvent dans le secteur iraquien, qui représentent 70 pourcents de la population totale de personnes déplacées de confession chrétienne, se sentent généralement dans un état d’esprit de grande incertitude et ont peur. Alors que leurs villes ont été techniquement « libérées », la situation politique et en matière de sécurité reste très dangereuse et peu claire. Ils ressentent de véritables inquiétudes quant à la viabilité à long terme de leur retour dans ces villes et à la possibilité de retrouver leur ancienne vie. Dans le même temps, ils ne voient pas venir d’aide, ils ont entièrement redémarré une nouvelle vie ailleurs, que ce soit à l’intérieur de la région kurde ou à l’étranger.

Il faut comprendre ici que l’Église, en particulier l’archidiocèse d’Erbil, est très proche de ces personnes déplacées, quelle que soit l’Église particulière à laquelle elles appartiennent. C’est dû au fait que l’Archidiocèse a géré tous les logements, la nourriture et les programmes médicaux depuis le début de la crise. Ces personnes déplacées sont devant la porte de l’archidiocèse tous les jours.  Il y a partout un sentiment constant de crainte en raison de l’incertitude qui entoure toujours tout dans toute la région. Les déplacés savent que l’Église est là pour eux, face à cette incertitude, mais ils savent aussi qu’il y a des limites à ce que l’Église est capable de faire. En ce qui concerne leur foi, elle s’affermit au milieu de la persécution qui les entoure, mais les chrétiens déplacés continuent de se sentir abandonnés par les gouvernements (tant irakien qu’étrangers) et par les grandes organisations internationales d’aide, si l’on excepte les organisations ecclésiastiques qui leur fournissent de l’aide.

Comment voyez-vous l’état mental général des personnes déplacées ? Y a-t-il beaucoup de personnes traumatisées ? Qu’est-ce que cela signifie pour les familles ?

L’état mental et le traumatisme des personnes déplacées sont une crise qui leur est propre. Les troubles de stress post-traumatiques sont clairement évidents chez ceux qui ont fait face à des actes de violence. La dépression et l’anxiété sont à des niveaux extrêmement élevés chez les adultes. Le traitement de ceux qui en souffrent se confronte non seulement à l’obstacle du manque de capacités de fournir un traitement médical et psychologique approprié, mais aussi à l’hésitation culturelle à admettre la moindre faiblesse mentale. La continuité de la crise n’a fait qu’aggraver cette situation, et nous sommes très préoccupés par les maux à long terme subis par les personnes déplacées.

D’un autre côté, leur foi est restée très forte malgré leurs souffrances, non ? Qu’en est-il de leurs espoirs et de leurs rêves dans une telle situation ? 

En ce qui concerne leur foi chrétienne, il est indubitable que les persécutions que les personnes déplacées ont subies ont affermi leur foi. On le constate tous les jours. Ayant vécu la menace de la disparition même de leur foi, les gens en sont venus à valoriser son importance dans leur vie d’une manière beaucoup plus profonde. Leur foi en tant que telle reste forte, et s’est même affermie.

En ce qui concerne leurs espoirs, ils portent principalement sur le bien-être de leurs enfants, et sont les mêmes que ceux de quiconque dans le monde. Auront-ils la vie sauve ? Bénéficieront-ils d’une bonne éducation? Pourront-ils trouver du travail ?  Trouveront-ils une communauté à intégrer ? La plupart des personnes déplacées qui restent espèrent que ce sera encore une possibilité en Irak, mais pour l’instant, leurs préoccupations sont de rester sains et saufs, et de survivre jusqu’à ce que la situation se clarifie.

– Le diocèse d’Alindao souffre également des conséquences des nouvelles attaques, selon Mgr. Cyr-Nestor.

Königstein/Madrid, 18.05.2017 AED.- Mgr. Juan José Aguirre, missionnaire andalou et évêque de Bangassou, en République centrafricaine, a dénoncé, dans des déclarations adressées au bureau espagnol de l’AED (Aide à l’Église en Détresse), le regain de violence dans sa propre ville contre la population musulmane, causé par des « anti-balaka », des groupes de guérilleros armés à majorité animiste, et de tendance clairement antimusulmane.

« Ils ont attaqué Bangassou, et les soldats marocains des forces de l’ONU ont demandé à tous les musulmans de quitter leurs quartiers et de se rendre dans la mosquée. De ce fait, la mosquée était bondée. Ils ont commencé à attaquer et à tirer sur les musulmans, qui ont passé trois jours sans manger ni se laver, raconte Mgr. Aguirre. « J’y suis moi-même allé pour me mettre devant la mosquée et les obliger à arrêter de tirer. Mais ils ont tué l’imam. Nous avons obtenu des camions pour pouvoir les transporter dans des installations de l’Église catholique. »

Le Prélat a confirmé que l’Église catholique de Bangassou s’occupait actuellement de 2.000 réfugiés musulmans dans ses centres : « Nous les avons accueillis dans ma propre maison, nous avons aménagé le petit séminaire, la cathédrale, et d’autres écoles. Les ONG ont déjà commencé à leur faire parvenir de la nourriture et à aménager des tentes ».

Ces jours-ci, à Bangassou, Mgr. Juan José Aguirre est accompagné de Mgr. Nzapalainga, Cardinal de Bangui, la capitale du pays : « Avec lui, nous menons le dialogue avec les chefs locaux, afin que les gens cessent de voler dans les quartiers musulmans qui ont été systématiquement attaqués. Et nous négocions en ce moment avec les anti-balaka, afin qu’ils partent de Bangassou. C’est la négociation de cet après-midi », explique Mgr. Aguirre à la Fondation Pontificale AED.

« Ça fait 35 ans que je vis ici, et je n’avais jamais vu de violences intercommunautaires. Depuis que le Tchad a introduit des soldats de l’alliance islamiste Seleka en Centrafrique, nous assistons à de la violence », dénonce l’évêque de Bangassou, « il y a 2.000 personnes ici qui ne savent pas ce que sont devenus leurs biens, leurs maisons, on leur a tout volé. Nous avons enterré plus de 50 corps, avec la Croix Rouge que nous avons aidée grâce aux voitures de la mission catholique ».

« Maintenant, nous devons créer des refuges pour les personnes déplacées, d’autant plus que la saison des pluies commence et que les gens doivent se protéger. Nous croyons qu’un jour, ils seront en mesure de rentrer dans leurs foyers, et que la paix reviendra ici », conclut le Prélat.

De même, Mgr. Cyr-Nestor, évêque du diocèse d’Alindao, également dans le sud de la République centrafricaine, a dénoncé dans un message adressé à la Fondation AED les affrontements entre factions Seleka et groupes anti-balaka, qui continuent dans la région.

Les hostilités ont commencé le 8 mai, en réponse aux enlèvements et meurtres de quelques jeunes à Datoko, par la Seleka. Après l’intervention de troupes de l’ONU, la situation semble s’être calmée. Malgré cela, il y a quelque 5.000 personnes déplacées qui sont prises en charge dans des centres appartenant à l’Église catholique : l’évêché, le centre catéchétique, une école et un couvent. Le diocèse commence à avoir des difficultés à fournir à tous de la nourriture et de l’eau, et les prêtres eux-mêmes sollicitent l’aide de la population, en l’absence d’ONG dans la région.

La Fondation Pontificale AED a offert de l’aide au diocèse d’Alindao, où la Caritas diocésaine se charge actuellement des besoins les plus importants.

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