La majeure partie des catholiques du Bangladesh font partie de groupes autochtones qui luttent pour que leurs droits soient reconnus

Le Bangladesh attend la venue du Pape François, du 30 novembre au 2 décembre 2017. La République du Bangladesh est l’un des pays les plus densément peuplés au monde, et le troisième pays musulman le plus peuplé au monde, après l’Indonésie et le Pakistan. Suivant son propre désir de « sortir vers les périphéries », le Saint-Père visitera la petite communauté chrétienne, qui représente moins de un pourcent de la population du pays. Le slogan de la visite pontificale est « l’harmonie et la paix », une question d’une extrême importance dans un pays où la vie des minorités chrétiennes n’est pas facile.

La plupart des catholiques du Bangladesh font partie de groupes tribaux indigènes. « Légalement et constitutionnellement, ils ont les mêmes droits que tous les autres citoyens du pays. Cependant, ce qui est écrit sur le papier diffère de la réalité. Il existe une discrimination au quotidien, et les possibilités en matière d’éducation ou de travail ne sont pas les mêmes », explique Mgr. Bejoy Nicephorus D’Cruze, évêque de Sylhet, à la Fondation pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED). Les droits « ne sont pas automatiques, il faut se battre pour en bénéficier, et puis parfois on y parvient, mais c’est épuisant et très difficile pour celui qui agit seul, en tant qu’individu, car nous devons faire face à des sensibilités religieuses et à la corruption ».

Dans le diocèse de Sylhet vivent les Khasi, qui sont presque tous chrétiens. Ce groupe ethnique vit depuis des siècles dans plus d’une centaine de villages dans les collines de la région de Sylhet. Ils préservent la forêt et la nature. Ils vivent de la culture traditionnelle de feuilles de bétel : ils occupent un terrain pendant 30 ou 40 ans jusqu’à ce que le sol soit épuisé, puis ils se déplacent vers une autre région. Leurs terres sont des propriétés ancestrales, mais ce n’est pas reconnu constitutionnellement. Le Père Joseph Gomes, OMI, prend soin de la communauté catholique kashi et confirme que les habitants naturels de ces montagnes subissent des discriminations, sont exclus des services sociaux, et sont souvent engagés dans une lutte constante pour conserver leurs terres. Monseigneur D’Cruze explique les origines du conflit : « Toutes ces montagnes dépendent du Ministère des forêts, ou sont adjacentes aux plantations de thé, c’est pourquoi les compagnies de thé les louent au gouvernement en ne tenant pas compte de l’existence du peuple Khasi. Les compagnies de thé tentent d’étendre les plantations existantes, en obligeant le peuple Khasi à évacuer ses terres ».

Parfois, elles font usage de la violence, comme le rappelle tristement le Père Joseph Gomes : « Il y a trois ans, le directeur d’une plantation est arrivé avec environ 200 personnes, et a commencé à démolir les maisons du village alors que les hommes étaient en train de travailler dans la forêt. Au début, les femmes ont résisté. Quand les hommes sont arrivés, ils ont manifesté leur opposition et se sont battus. Une personne de la compagnie de thé est morte à l’hôpital. Ils n’ont pas pu continuer à lutter contre les compagnies de thé, c’est pourquoi ils ont été dépossédés de la terre ».

Au cours de ces conflits répétés avec le Ministère des forêts du gouvernement, plus de 25 villages du peuple khasi ont disparu. D’autres sont actuellement en danger, « comme deux villages de 150 familles dans le district de Moulvizabar, qui sont en litige avec deux compagnies de thé – Nahar et Jhimai – qui veulent forcer les gens à quitter leurs villages », déplore Mgr. Cruze.

Le diocèse de Sylhet s’efforce de soutenir spirituellement et moralement la minorité catholique face à ce défi, et il travaille à différentes initiatives de soutien, par exemple la publication d’un magazine hebdomadaire. L’hebdomadaire « Weekly Pratibeshi » est un instrument pour que les catholiques grandissent dans la foi et soient conscients de leurs droits. Le prêtre journaliste Anthony Sen insiste sur ce besoin : « Ils subissent la très forte pression de personnes puissantes qui vivent autour d’eux, en particulier des musulmans. Ces derniers pensent que comme il s’agit de personnes faisant partie d’une minorité, ils peuvent faire ce qu’ils veulent avec elles. Y compris enlever leurs filles ou attaquer les gens, femmes ou hommes, ça n’a pas d’importance. Par conséquent, les minorités catholiques vivent toujours sous ce type de pression. Nous, en tant qu’Église, sommes toujours à leurs côtés pour les protéger ; nous nous occupons d’eux ».

Une telle attitude signifie parfois risquer sa vie pour eux, comme Mgr. Bejoy Nicephorus D’Cruze qui a déjà reçu des menaces de mort, adressées par des groupes fondamentalistes islamistes, à cause de sa position claire de défense des droits de l’Homme et de la liberté religieuse.

C’est cette minorité catholique du Bangladesh – souffrante et silencieuse – à laquelle le Saint-Père va rendre visite. L’évêque de Sylhet confirme que « le Saint-Père connaît la situation de l’Église et des catholiques au Bangladesh ». Parlant de la minorité Kashi et de ses attentes à l’occasion de la visite du Pape, Monseigneur Cruz déclare : « Je ne pense pas qu’ils aient de grandes attentes. Ce sont des gens simples qui feront de leur mieux pour se rendre à Dhaka, voir le Saint-Père et recevoir sa bénédiction afin que, fortifiés par cette rencontre et cette expérience, ils puissent continuer à lutter pour survivre, et reçoivent la force et le courage de continuer à lutter contre tous les “monstres” ».

Le don du pape issu de la vente aux enchères de la Lamborghini encourage les chrétiens irakiens

« Le geste du Saint-Père a profondément ému les chrétiens irakiens », affirme le patriarche chaldéen de Babylone, Mgr Raphaël Louis Ier Sako, lors d’un entretien accordé à L’Aide à l’Église en détresse (AED). Auparavant, Sa Sainteté le pape François avait promis de faire don d’une partie du montant obtenu lors de la vente aux enchères du modèle spécial Lamborghini Huracan, notamment à cette œuvre de bienfaisance pontificale. Cette voiture de sport avait été récemment offerte au pape. Avec l’argent récolté par sa vente aux enchères, François veut également apporter son soutien au projet de l’AED de retour des chrétiens dans la plaine de Ninive, au nord de l’Irak.

« Entre-temps, je commence à être habitué aux surprises que nous réserve François », a ajouté le patriarche : « Ce geste incarne totalement l’amour chrétien du prochain à travers des actes concrets ». La communication correspondante a été largement diffusée par les médias irakiens et suivie avec attention, en particulier par la communauté chrétienne. « Ce n’est pas la première fois que le pape nous montre à travers de telles actions à quel point il est proche de nous. Il n’a pas encore pu venir nous rendre visite ici, mais parfois, la présence humaine et spirituelle est plus importante que la présence physique. »

La nouvelle de ce récent soutien en provenance de Rome survient à un moment sensible pour la plaine de Ninive. Après le référendum d’indépendance kurde, les tensions sur place s’étaient renforcées. « À présent, la situation est calme et nous observons une volonté de dialogue. Mais l’Irak a besoin de plus encore. Il faut une séparation entre l’État et la religion ainsi qu’un nouveau concept de nationalité, qui accordera la même dignité à chaque Irakien, indépendamment de son appartenance religieuse. »

Entre-temps, le projet de l’AED continue d’encourager les déplacés irakiens à retourner dans leurs villages chrétiens dans la plaine de Ninive : « Nous voulons témoigner de la foi chrétienne dans ce pays. Notre présence revêt une importance essentielle pour les fidèles de toutes les religions. En effet, le christianisme représente un élément d’ouverture, qui a la capacité de s’opposer à la violence. » L’un des concepts fondamentaux du christianisme consiste à pardonner également à ses ennemis et à ses persécuteurs, et à s’engager en faveur d’une coexistence pacifique. Pour cela, le patriarche a demandé que le soutien à travers les paroles, les actes et les prières communes soit poursuivi.

« L’Aide à l’Église en Détresse » et le Comité de reconstruction de Ninive (CRN) luttent contre le temps pour ramener à la maison le plus grand nombre possible de familles syro-catholiques avant le début de l’année scolaire. Il y a bien 600 familles qui sont déjà retournées dans cette ville de la plaine de Ninive. Le Père Georges Jahola, responsable de l’équipe syro-catholique pour le CRN, déclare : « Dix années, et la ville sera repeuplée comme avant l’État Islamique ».

La ville de Baghdeda (en langue turque Qaraqosh), dans la plaine de Ninive, lutte contre le temps et pour rester en vie. Les écoles rouvrent en septembre. Les familles syro-catholiques, qui avaient quitté la ville il y a trois ans pour fuir les attaques de l’État Islamique (ÉI) et qui ont passé les trois dernières années au Kurdistan en tant que « déplacés internes », voudraient enfin revenir chez elles, à temps pour le début de l’année scolaire de leurs enfants.

« Les écoles de Baghdeda ont été réparées par des organisations internationales telles que l’ONU », explique le Père Georges Jahola, responsable de l’équipe syro-catholique, membre du Comité de reconstruction de Ninive (CRN) chargé de reconstruire la ville. « Malheureusement, les maisons des familles chrétiennes qui voudraient revenir – ajoute ce prêtre syro-catholique – n’ont pas encore été rénovées. Environ 5.000 familles syro-catholiques vivait à Baghdeda avant l’ÉI. Quelque 60 pourcents d’entre elles ont des enfants en âge d’aller à l’école. Si en septembre leurs maisons ne sont pas encore prêtes, ces familles pourraient décider de se déplacer ailleurs, et cette fois pour toujours. Si en revanche nous y arrivons, je suis sûr que Baghdeda se repeuplera en dix ans, sauf pour ce qui est des familles qui ne reviendront pas, et qu’il y aura à nouveau autant de chrétiens qu’avant l’ÉI ».

Dans cette ville, les deux années et demi d’occupation par des milliers de miliciens de l’ÉI – qui, suggère le Père Jahola, « avaient probablement ici leur base opérationnelle » – ont laissé « en héritage » 6.327 propriétés à rénover. Les terroristes ont incendié 2.269 logements, partiellement endommagé 3.950 appartements et en ont bombardé 108.

« L’Aide à l’Église en Détresse » (AED) ainsi que d’autres organisations sont en train de reconstruire les premières maisons, en commençant par les moins endommagées. L’AED en a déjà reconstruit 47 dans la zone « E » de la ville. « Les familles reçoivent ce signal d’espérance et commencent à revenir », commente le Père Jahola. À Baghdeda – ajoute-t-il – 600 familles sont déjà revenues. Par ailleurs, nous avons environ 120 ouvriers qui ont déjà emménagé ici pour travailler, pendant que leurs familles attendent toujours à Erbil de pouvoir les rejoindre. Ce sont surtout les enfants qui sont ravis de pouvoir rentrer chez eux ».

Pour ramener Baghdeda à la vie, le réseau d’eau et le réseau d’électricité doivent être remis en état de fonctionner. « Le courant revient lentement. Le gouvernement de Bagdad a réparé les anciens générateurs électriques et en a acquis 15 nouveaux, ce qui est cependant encore trop peu. En fait, il en faudrait au moins 150 autres. Les terroristes de l’État Islamique ont endommagé le réseau d’eau de la ville, et l’eau ne parvient pas dans certains quartiers de la ville. La municipalité aurait besoin d’une tractopelle pour travailler, mais nous n’en avons pas ».

Le centre névralgique de la reconstruction de Baghdeda est le bureau de l’équipe syro-catholique, dirigé par le Père Georges Jahola. « Chaque jour, nous recevons des appels de familles chrétiennes qui veulent rentrer chez elles. Nos ingénieurs vérifient l’état structurel de leurs maisons et répertorient les dommages. Ensuite, ils retournent au bureau, et les données collectées par l’expertise sont notées. De plus en plus de familles nous demandent de faire une estimation des coûts de réparation de leur maison : ces jours-ci, en raison des nombreuses demandes, nous avons même dû embaucher deux nouveaux ingénieurs ».

Malgré les difficultés, d’autres familles syro-catholiques sont également en train de revenir lentement à Bartella, une ville de la plaine de Ninive à majorité syro-orthodoxe. Sur les 650 familles qui vivaient à Bartella avant l’attaque de l’ÉI, 24 sont déjà revenues. Dans cette ville, occupée du 6 août 2014 au 20 octobre 2016, l’ÉI a incendié 69 habitations de familles syro-catholiques, en a endommagé 274 et en totalement détruit 19. Le Père Benham Benoka, membre du Comité de reconstruction de Ninive (CRN), est chargé de la reconstruction de ces maisons de familles syro-catholiques à Bartella. Comme à Baghdeda, une équipe d’ingénieurs vient voir les maisons, effectue les évaluations des dommages et des coûts de réparation. « Ceci est la maison de Dhiya Behnam Nuna, elle a été construite sur les ruines de l’ancienne ville de Bartella », précise le Père Benoka. « Les terroristes de l’État Islamique ont percé les murs des appartements pour pouvoir se déplacer de maison en maison sans être repérés par les hélicoptères américains », explique le Père Benoka, pendant que nous passons justement d’appartement en appartement à travers ces ouvertures dans les murs.

Sur le sol, il y a un tat de déchets : images sacrées, vêtements, matelas et meubles. Il semble impossible de revenir vivre ici. Pourtant, un ingénieur prend déjà les mesures des fenêtres. Monsieur Dhiya Behnam Nuna aura bientôt des fenêtres neuves.

Les défis auxquels les chrétiens des plaines de Ninive font face sont énormes : actuellement, on compte encore 14 000 familles ayant fui Mossoul et les plaines de Ninive et vivant à Erbil (environ 90 000 personnes). Près de 13 000 maisons doivent être reconstruites. Il faut aussi assurer la sécurité des villages, régler les problèmes d’infrastructures (eau, électricité, routes, écoles et cliniques), prendre en compte les manœuvres politiques irakiennes et kurdes sur le terrain… sans oublier la période de transition entre la fin des locations mensuelles et des colis de nourriture, et le retour de ces familles vers les villages restaurés. Selon les enquêtes les plus récentes, mises à jour par le Nineveh Reconstruction Committee le 14 juillet 2017, 1228 familles sont déjà revenues dans les plaines de Ninive et 423 propriétés sont en cours de rénovation, dont 157 ont été restaurées grâces aux contributions financières de l’AED.

L’Aide à l’Église en détresse (AED) a accordé 225 000 euros de soutien pour encourager le projet « Drop of Milk » (« Une goutte de lait »). L’objectif est de distribuer tous les mois du lait à 2 850 enfants à Alep. Une petite délégation de l’AED était récemment sur place lorsqu’a eu lieu la distribution du lait aux familles. Les participants rapportent à quel point les gens étaient reconnaissants.

Leurs enfants dans les bras, plusieurs parents se rassemblent dans une impasse à Al-Zizieh, un quartier du centre-ville d’Alep. Ils sont venus de leur logement de location où ils vivent comme déplacés de guerre. Ce n’est toutefois pas un rassemblement improvisé. Ils viennent plutôt pour obtenir des aliments de base afin que la vie puisse continuer dans la ville : ils viennent chercher du lait pour leurs enfants.

Ziad Sahin se tient au seuil d’un petit local. Il coordonne la distribution de cette aide tant attendue. « Je travaillais dans une entreprise multinationale qui fabriquait justement du lait pour les enfants. J’ai perdu mon travail parce que notre usine et nos bureaux ont été touchés par des bombes. J’apprécie d’aider les gens. En effet, je me sens bien si je peux faire quelque chose pour les autres, surtout pour ceux qui ont le plus souffert de la guerre. » Il explique s’être chargé de cette mission parce qu’en tant que père, il lui est très important d’aider les enfants.

Élias est venu avec son fils Michel, qui a presque deux ans. Le petit garçon batifole autour des jambes de son père. Élias ne manque jamais de venir ici une fois par mois pour recevoir sa part de poudre de lait. « Je voudrais remercier tous les bienfaiteurs de l’AED. Sur le marché, il est très difficile de trouver du lait. Et il est très cher. Si nous ne pouvions pas bénéficier du projet ‘Une goutte de lait’, nous n’aurions aucune chance d’en obtenir », affirme le jeune homme en souriant. Il assure que malgré toutes les difficultés, il n’a jamais perdu sa foi : « Nous allons souvent à l’Église. Je prie Dieu que la paix règne bientôt dans notre pays. »

Josef Izza se tient à côté de lui. Lui aussi fait partie des 1 500 familles qui bénéficient tous les mois de ce soutien. Sa fille Rosemeri sourit et suit attentivement la conversation. « Tous les jours, nous remercions Dieu. La foi est très importante pour nous. Nous croyons en Dieu, surtout maintenant. Nous voyons la main de Dieu dans notre vie, avant et après la guerre », dit Josef Izza. Il y a six mois que les combats ont cessés à Alep. Certes, il n’y a plus d’attaques de missiles, mais les conséquences de la guerre sont omniprésentes.

Le projet « Une goutte de lait » approvisionne en lait tous les enfants chrétiens de moins de dix ans à Alep. La communauté chrétienne particulièrement souffert de la guerre. Auparavant, 150 000 chrétiens vivaient à Alep. Aujourd’hui, nous sommes à peu près 35 000 », rapporte le Dr Nabil Antaki, qui a initié le projet en 2015. La fondation pontificale L’Aide à l’Église en détresse a accepté d’en assurer le financement jusqu’en juin 2018. C’est un geste très généreux. Nous sommes très heureux », affirme ce gastro-entérologue, resté à Alep pour aider ceux qui en ont le plus besoin, bien qu’il soit lui-même de nationalité canadienne et aurait pu facilement émigrer.

Si une famille devait payer elle-même le prix du lait, elle devrait débourser pratiquement tout son revenu. Une boîte de lait coûte 3 000 livres syriennes, c’est-à-dire environ cinq euros. Ce montant n’est certes pas très élevé, mais le revenu moyen s’élève à 30 000 livres syriennes, 50 euros. Il est impossible de couvrir toute les dépenses mensuelles avec cette somme. Sans compter que la plupart des habitants sont au chômage. Rana Aftim vient juste de récupérer la ration de lait pour son fils Mario, âgé d’un an et demi, et dit : « Je vous remercie de votre aide. Le lait est très cher. Ce que nous gagnons ne suffit même pas pour payer la location de notre logement. » Talia est l’aînée du groupe d’enfants venus aujourd’hui ici. Elle a six ans. Son occupation préférée et de jouer avec sa sœur ou de dessiner. Son père Basil Yousef emporte la ration mensuelle dans un sachet : « Nous sommes très heureux de recevoir cette aide. C’est un soutien pour nous qui avons tellement souffert. Et maintenant, nous devons reconstruire nos maisons et reconstituer notre vie. »

La détresse s’accroît. Certes, c’est un défi, mais aussi un signe d’espoir : « Le mois dernier, nous avons enregistré 120 nouveaux enfants. Cela signifie que les familles retournent à Alep – il ne peut pas y avoir eu autant de naissances en si peu de temps », déclare le Dr Antaki. Lorsque les gens reviennent et reçoivent de l’aide, on peut partir du principe que les chrétiens d’Alep ont encore une chance. Nabil Antaki assure qu’aider les enfants représente quelque chose de très important pour les familles et pour la communauté chrétienne décimée. « Les enfants sont l’avenir. Nous voulons les aider afin qu’ils grandissent de manière saine, même s’ils ont perdu leur innocence enfantine à cause de la guerre. »

« Retourner à la maison ». « À nouveau fouler notre terre ». « Revoir l’église que nous avons construite de nos mains ». « Recommencer ». « Continuer ». Nous ne pouvons pas vivre toute notre vie comme déplacés ». « Je ne veux pas quitter mon pays ». « Dieu est avec nous »

 Voilà quelques-unes des pensées qui hantent l’esprit des réfugiés et des personnes déplacées originaires de la plaine de Ninive en Irak, et qui vivent actuellement à Arbil. Pour ces gens, le retour dans leur patrie, quittée suite à l’invasion de l’organisation terroriste Daech, se rapproche de plus en plus. Certes, la majeure partie de leurs maisons a été détruite ou incendiée, mais elles restent néanmoins leurs maisons. L’œuvre internationale de bienfaisance catholique L’Aide à l’Église en détresse (AED) apporte son soutien lors de la reconstruction de nombreuses habitations appartenant à des familles chrétiennes. Bien qu’elles en aient la possibilité, celles-ci ne veulent pas émigrer dans d’autres pays. Elles insistent pour rester en Irak. Tawfeek Saqat, de Qarakosh, adopte cette attitude. Avant de prendre la fuite, il travaillait comme paysan. De plus, il était gérant d’un petit hôtel. « Je suis né dans ce pays. C’est ici que j’ai passé toute ma vie. Je ne veux pas partir. Ma foi en Jésus-Christ me donne la force de continuer à vivre ici. Tout ce que j’aime est à Qarakosh : mon pays, mon commerce, toute ma vie. Je ne veux pas émigrer pour travailler comme salarié en Europe ou autre part. » Dans une vidéo de témoignages produite par l’AED, Tawfeek Saqat explique que lui et sa famille ont été persécutés de longues années durant. Mais le moment le plus bouleversant qu’il ait vécu était lorsque les terroristes de Daech l’ont enlevé avec ses quatre enfants.

La jeune étudiante Rahma Jacon a également déjà éprouvé l’angoisse et la peur. Elle se souvient de la vie agréable et paisible qu’elle menait avec les siens il y a quelques années. « Souvent, je me mets à pleurer en pensant à notre vie d’avant. Je veux retourner dans la plaine de Ninive, parce que c’est là qu’est notre patrie, que sont nos maisons, que se dresse notre église », assure-t-elle. Elle raconte n’avoir jamais cru que son séjour comme déplacée à Arbil durerait tellement longtemps. « Notre foi nous donne la force de continuer. Lorsque je vis des moments difficiles, je prie pour être avec Dieu. »

Le frère Thabet Yousif vit à Karamles, un village chrétien complètement détruit après le passage des terroristes. Nous n’avons plus que trois sortes de maisons : des maisons endommagées, des maisons incendiées ou des maisons complètement détruites », raconte-t-il dans le reportage vidéo de l’AED. Il faudra investir beaucoup d’argent dans la reconstruction, mais les familles ont déjà dépensé toutes leurs économies pour vivre ces années durant au Kurdistan ou autre part. « C’est notre patrie, ce sont nos maisons. Nous ne pouvons pas vivre toute notre vie comme déplacés et réfugiés. Nous voulons retourner dans notre village. Notre identité est ici, dans la plaine de Ninive. »

Mère et grand-mère, Rahel Ishaq Barber se félicite elle-même d’une petite tape sur l’épaule en se rappelant que même à Qarakosh, ils ont construit eux-mêmes onze églises et chapelles: « J’étais encore un enfant. Nous chantions lorsque nous transportions les pierres sur nos épaules pour construire l’église. C’est notre histoire. » Pour l’instant, Rahel Ishaq Barber partage une chambre à Arbil avec huit autres personnes. « Ça n’a pas été facile. Dieu nous a beaucoup aidés. Nous Le remercions. »

Le Père franciscain Ibrahim Alsabagh assure que 15 familles de la communauté catholique latine qui avaient émigré sont déjà revenues dans la ville syrienne, et beaucoup d’autres tentent de revenir

Alep/Königstein. 12.06.2017- Alors que la ville meurtrie et détruite d’Alep recevait la visite d’une délégation de la Fondation pontificale Aide l’Église en Détresse (AED), le Père Ibrahim Alsabagh, prêtre de la Cathédrale de Saint François d’Asis – le centre de la communauté catholique latine de la ville – assure : « Nous sommes très heureux de savoir que depuis deux mois, 15 familles de la communauté chrétienne de rite latin sont revenues à Alep. L’une d’elles est revenue de France, une autre d’Allemagne, trois du Venezuela et quelques autres d’Arménie ».

Le nombre total de familles chrétiennes d’autres confessions et rites qui sont retournées à Alep n’est pas encore confirmé, mais des centaines devraient revenir dans les prochains mois. « Différentes familles qui sont revenues d’Arménie ou du Venezuela nous disent que toutes les familles qui sont là-bas veulent rentrer. Par exemple, plus de 400 familles qui sont allées en Arménie sont prêtes à revenir. Nous remarquons que lorsque l’Église aide les familles, elles se sentent en sécurité et rentrent chez elles », reconnaît le Père Ibrahim.

D’autres chrétiens aleppins qui sont rentrés chez eux arrivent de l’intérieur du pays, de villes comme Latakieh, Tartus ou Marmarita. « Les prix dans ces endroits sont également en train de beaucoup augmenter, c’est pourquoi à mesure que la situation se stabilise à Alep, les déplacés internes préfèrent aussi retourner chez eux », dit le prêtre.

La situation de la deuxième plus grande ville de Syrie s’est améliorée ces derniers mois, depuis qu’elle est définitivement repassée sous le contrôle des forces gouvernementales de Bachar Al-Assad à la fin de décembre 2016. « Bien que certains quartiers périphériques soient encore disputés, les attentats ont cessé et la sécurité est revenue dans les rues. Cependant, les conséquences de la guerre sont encore présentes, la population a été considérablement appauvrie, les emplois sont rares et les salaires sont minimes en raison de la dévaluation de la monnaie. Il n’y a que deux heures de lumière électrique par jour, et les prix des aliments ont flambé. Avant la guerre, un dollar valait 50 livres syriennes. Aujourd’hui, il faut environ 550 livres syriennes pour un dollar », explique le franciscain de la Custodie de Terre Sainte.

« La situation s’est améliorée à Alep. La sécurité est revenue dans les rues et dans les églises. Mais en même temps, nous commençons à souffrir des conséquences de la guerre : la pauvreté, l’insécurité dans le domaine alimentaire et en ce qui concerne d’autres besoins des familles, les nombreux signes de traumatisme à cause de la guerre » reconnaît le prêtre franciscain. « D’une part, les principaux besoins de la population sont la fourniture d’aliments, d’électricité et d’une aide médicale. Mais en même temps, nous aidons à la reconstruction de la ville, ce qui signifie non seulement aider à reconstruire les maisons, mais aussi soutenir l’éducation et la formation des jeunes pour qu’il y ait un avenir ».

Le Père Ibrahim Alsabagh apprécie l’aide offerte par l’Aide à l’Église en Détresse pour la reconstruction de 270 maisons, pour 170 bourses d’enseignement primaire, secondaire et universitaire, et la formation donnée à 2.000 jeunes et adultes pour qu’ils trouvent un emploi. « Les familles qui sont déjà revenues disent qu’elles sont heureuses que l’Église aide tant de gens ».

L’aide offerte par la Custodie de Terre Sainte s’étend non seulement à la communauté de rite latin, mais aussi aux familles catholiques d’autres rites, aux familles chrétiennes orthodoxes et même aux musulmans. « Le Christ nous pousse à aider tout le monde, indépendamment de sa foi », affirme le Père Alsabagh, en la cathédrale Saint François d’Assise, siège du vicariat apostolique d’Alep.

Enfin, le prêtre franciscain adresse quelques mots aux personnes qui soutiennent cette aide de l’étranger : « Je suis très reconnaissant. Au nom de tous les chrétiens d’Alep et de toutes les familles de rite latin, je vous remercie sincèrement. Nous prions pour vous tous, afin que vous ayez toujours la paix dans vos cœurs et dans vos pays, et que vous n’ayez jamais à subir la mauvaise expérience que nous avons eu ici en Syrie ».

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